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Claude DOSSARPS - La passion intacte Convertir en PDF Version imprimable

Entré en douane en 1967, motocycliste passionné depuis 1972, Chef d’unité compétent à Dax depuis 1985, ce formateur émérite écrit actuellement ses mémoires.
En exclusivité pour Gabelou.com, Claude nous raconte sa prise de contact avec les motocyclistes à l’Ecole Nationale des Brigades des Douanes de LA ROCHELLE.

Et puis un soir, c'est le choc. Cette image restera gravée dans ma mémoire. Nous sommes à l'école depuis deux ou trois jours. En entrant dans le réfectoire, nous voyons bien que personne, pas plus les préposés que les agents de constatation stagiaires, n'investissent quatre ou cinq tables situées dans le fond de la pièce, près de la porte. Alors que nous avalons le plat de résistance, ils apparaissent : bruyants, le verbe haut, toisant le restant de la salle; culottes à bande rouge, bottes noires, blouson de cuir fauve sur la traditionnelle chemise bleu sombre et la cravate noire, le tout paraissant passablement fatigué : les motards ! En ce début d'année 1968, ils constituent le premier stage se déroulant à l'école de La Rochelle. Le précédent à clôturé les formations à Montbéliard.

35e session moto (1972)
35e session moto (1972)


Impressionnants ! Ils me semblent tous, à première vue, taillés comme des piliers de première division ! Ils sont hirsutes, le visage encore taché de traces de boue. Une serveuse se précipite pour leur apporter les entrées. Ils rient fort, semblent totalement heureux. Détail; alors que nous devons être au réfectoire à dix huit heures précises, nous nous rendons compte qu'ils viennent d'arriver à dix neuf heures sans que personne, pas même la permanence qui surveille le repas, ne bronche. Tout le monde les observe avec une expression de curiosité prudente; pour moi, ils semblent être la copie conforme des deux phénomènes rencontrés il y a cinq ans. Je vais enfin savoir comment ces gars là sont fabriqués! Tout au long de mon stage qui s'achèvera à la fin du mois de juillet, je n'ai de cesse d'épier les faits et gestes de cette vingtaine d'hommes en marge des autres. A cette époque, il n'existe pas de structure pour le « tout-terrain » à l'intérieur de l'école. Celle existant aujourd'hui sera créée de toute pièce avec une pelleteuse dans les années 80 par l'inspecteur motocycliste Pierre-Etienne ESTOURNES, dit « Piéret », mon ami, avec qui j'encadrerai plusieurs stages. A cet emplacement se trouvent les baraques américaines; après avoir accueilli les dortoirs, elles ont été transformées en classes, stand de tir et autres. Certaines sont carrément désaffectées.

Séance de maniabilité
Séance de maniabilité


L'immense esplanade est quasiment nue d'installation. Le bâtiment des motards, en bois, est situé après le hangar du garage, à l'emplacement où se trouvent actuellement les vieux véhicules servant à l'entraînement des chiens, après avoir été un court de tennis. Les équipes cynophiles n'apparaîtront à l'école des Douanes qu'à la fin des années 70, formées auparavant au compte goutte directement en Allemagne.
Tout ce que les curieux comme moi peuvent observer des stagiaires motards, sont ces longues séances d'évolution sur l'immense esplanade. Ils tournent, zigzaguent dans toutes les positions debout, couchés, à genoux; ils courent à côté de leurs motos; ils s'élancent à fond puis freinent à mort, faisant déraper et hurler pneus et moteurs; ils s'adonnent également à des jeux curieux comme celui de suivre une ligne au sol représentant un huit dont les deux ronds sont si courts qu'il semble que jamais ils ne pourront faire coïncider la roue avant de leurs motos avec cette ligne; où bien effectuer un gymkhana entre de petites quilles de bois dont l'espacement est quasiment inférieur à la longueur d'une moto ! Le tout toujours casqués, bottés et portant un blouson de cuir, même durant les plus chaudes journées de juin.

Plus dure sera la chute

A la baguette de tous ces exercices, deux hommes; le premier, portant les galons de capitaine, un inspecteur donc; grand, sec, un visage buriné de corsaire que jamais un sourire ne semble illuminer; un regard glacial. Il marche très droit, presque raide dans une tenue toujours impeccable avec vareuse, comme un officier anglais. Pour ceux qui ne le connaissent pas, il semble inabordable; c'est Guy SORIGNON dit « Le Grand ». Par la suite, je me rendrai compte pourquoi il porte ce surnom : c'est un Grand, dans tous les sens du terme. Pour nombre de générations de motards des Douanes, il reste LA référence sur le plan professionnel, mais également humain. Mais pour l'instant, il me « scotche » comme disent les jeunes d'aujourd'hui, et avec moi ceux qui l'observent, lui et ses hommes.

ImageSon second est tout à fait différent; petit, trapu, musculeux, il oppose, au look britannique de son supérieur, une hyperactivité permanente, une voix tonitruante. Pilote de grande qualité, il est chargé de « mouiller le maillot »; il s'implique dans tous les exercices, évolue en tête, montre tous les exercices à accomplir puis observe chacun des stagiaires en les abreuvant de remarques « musclées ». A chaque chute d'un stagiaire, loin de s'inquiéter de l'état du pilote on entend son doux filet de voix à l'autre bout de l'école. D'ailleurs, il semble que personne ne se soucie des chutes, comme si elles faisaient partie des choses normales, banales ! Tout juste semble-t-on s'inquiéter lorsque l'homme semble avoir quelques difficultés à se relever ! Cet acrobate–aboyeur est le contrôleur BLONDEAU......formateur permanent à l'école motocycliste.



 

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